Un marché public se répond en deux parties : la candidature, qui dit qui vous êtes et si vous avez le droit de concourir, et l'offre, qui dit ce que vous proposez et à quel prix. L'acheteur examine la première ; s'il la rejette, il ne lit jamais la seconde.
C'est la chose la plus importante à comprendre avant de commencer : une entreprise parfaitement compétitive peut être écartée sans que son prix soit regardé, parce qu'il manque une attestation.
Première partie : la candidature
La lettre de candidature
Elle s'appelle DC1 dans les formulaires du ministère de l'Économie, ou vous pouvez utiliser le DUME — document unique de marché européen — que la plupart des acheteurs acceptent désormais. Elle identifie l'entreprise et, le cas échéant, le groupement.
Erreur fréquente : croire qu'elle n'est pas nécessaire quand on candidate seul. Elle l'est.
La déclaration du candidat
Le DC2, ou la partie correspondante du DUME. Elle porte les chiffres d'affaires des trois derniers exercices, les moyens humains et matériels, et les références de travaux comparables.
Si votre entreprise a moins de trois ans, dites-le : l'absence de trois exercices ne peut pas être opposée à une entreprise nouvellement créée.
L'attestation de vigilance de l'URSSAF
Elle prouve que vos cotisations sociales sont à jour. Elle doit avoir moins de six mois et se télécharge en deux minutes depuis votre espace en ligne URSSAF.
Prenez l'habitude de la retélécharger au moment de chaque dossier plutôt que de réutiliser la dernière : c'est la pièce périmée la plus courante.
Les attestations d'assurance
Responsabilité civile professionnelle et, pour les travaux relevant de la garantie décennale, l'attestation décennale mentionnant les activités effectivement couvertes. Un acheteur vérifie que l'activité du marché figure bien dans la liste.
Les qualifications, si elles sont exigées
Qualibat, Qualifelec, RGE selon les métiers. Lisez précisément : l'avis exige parfois la qualification, parfois « la qualification ou des références équivalentes ». Dans le second cas, vous pouvez candidater sans l'avoir, à condition de démontrer l'équivalence.
Seconde partie : l'offre
L'acte d'engagement
C'est le document que vous signez et par lequel vous vous engagez sur un prix et un délai. Il devient le contrat s'il est accepté. Il porte souvent la référence ATTRI1.
Le bordereau de prix
Selon les marchés : BPU (bordereau de prix unitaires), DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire), ou DQE (détail quantitatif estimatif).
Il se remplit intégralement. Une seule case vide peut rendre l'offre irrégulière, et une case à zéro n'est pas la même chose qu'une case vide. Si une ligne ne vous concerne pas, mettez zéro et dites pourquoi dans le mémoire — ne laissez jamais le blanc.
Le mémoire technique
C'est la pièce qui fait la différence, et c'est celle qui est le plus souvent bâclée. Il pèse fréquemment la moitié de la note, parfois davantage.
L'erreur classique est d'envoyer une plaquette commerciale. L'acheteur ne note pas votre entreprise en général : il note ce que vous allez faire sur ce chantier-là. Reprenez, un par un, les critères de jugement annoncés dans le règlement de consultation, et répondez-y dans le même ordre, avec les mêmes mots.
Ce qui se note concrètement : les moyens humains affectés — avec les noms et les qualifications —, le matériel, le planning détaillé, l'encadrement, les mesures de sécurité, la gestion des déchets, et les dispositions prises pour limiter la gêne des riverains ou des usagers.
L'ordre dans lequel s'y prendre
- Lire le règlement de consultation en entier, en commençant par la date limite et les critères de jugement.
- Repérer immédiatement les conditions éliminatoires : visite obligatoire, qualification, capacité minimale.
- Si une visite est obligatoire, la caler tout de suite. C'est la seule chose qui ne se rattrape pas.
- Rassembler les pièces administratives — elles sont rapides et se périment.
- Chiffrer, puis rédiger le mémoire technique en dernier, quand vous savez vraiment comment vous allez faire le chantier.
- Déposer au moins vingt-quatre heures avant l'heure limite. Les plateformes saturent le dernier jour, et une offre arrivée à 12 h 01 pour une limite à 12 h 00 est rejetée sans appel.
Trois idées fausses
« Il faut être gros. » Non. Beaucoup de marchés sont allotis précisément pour que des entreprises petites puissent prendre un lot. Regardez toujours le découpage en lots avant de renoncer.
« Il faut avoir déjà travaillé pour cette collectivité. » Non, et une préférence de ce type serait illégale. Les références comptent, mais elles peuvent venir du privé.
« Le moins cher gagne. » Rarement. Le prix est un critère parmi d'autres, et sa pondération est annoncée à l'avance dans le règlement de consultation. Une offre anormalement basse doit même être justifiée, et peut être rejetée.
Ce que Sentinelle fait de cette liste. Pour chaque marché envoyé, la fiche dresse automatiquement les pièces à préparer à partir des conditions réellement écrites dans l'avis, et signale en premier ce qui élimine — la visite obligatoire et sa date, la qualification exigée, l'interdiction des variantes. Essayez avec votre SIRET.